• Publication publiée :12 avril 2020
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En des temps très anciens, existait un redoutable démon qui tentait par tous les moyens de prendre le pouvoir sur Terre. Afin de la protéger, Shiva entreprit un combat dantesque opposant sa lumière divine à la puissance infernale de son adversaire. La lutte fut si âpre que le front de Shiva perla d’une goutte de sueur qui humidifia le sol.
Celle-ci fit germer et grandir une étrange créature : le Purusha. Esseulé, il errait sur terre en quête de nourriture. Plus sa stature grandissait, plus sa faim devenait insatiable. Le Purusha en était arrivé à dévorer tout ce qu’il trouvait et, progressant de continent en continent, dévastait tout sur son passage.
Dans le paradis de Svarga Loka, les divinités commençaient à s’inquiéter du sort de la Terre. Prithvi se plaignait de ses splendeurs dévastées en vain… Neuf d’entre elles décidèrent d’aller à sa rescousse et de détruire le Purusha. Après l’avoir repéré, elles l’encerclèrent à chaque point cardinal, puis l’immobilisèrent au sol avant de le presser face contre terre. Sa tête au nord-est était gardée par Shiva lui-même et ses pieds maintenus au sud-ouest par Nirthi, le Maître des démons. Le Purusha savait qu’il était vain de se débattre et, enfin, le silence se fit.
Le prisonnier des dieux, rendu inoffensif, commença alors à gémir tristement, implorant leur grâce. Après tout, n’était-il pas né de Shiva et, bien que mi-démon, d’essence divine lui aussi ? C’était, disait il son horrible condition qui seule l’obligeait ainsi à dévorer ce qu’il trouvait pour survivre,
Brahmâ lui-même, qui pressait le nombril de la créature au sol par le zénith, reconnut la sincérité du Purusha et accéda à sa demande.
Ainsi, au Purusha, il fut donné de devenir l’âme de la maison et de recevoir les honneurs et offrandes de toutes les familles du globe. En échange, le Purusha devint le protecteur des temples, des palais et des demeures de l’humanité…

Institut français de Vastu

Qui est le Purusha moderne ?

Le Purusha n’est autre que chacun d’entre nous : il est notre ego, l’impérieux désir d’asseoir notre volonté propre au détriment de la nature et des autres. Le Purusha est notre « bête humaine » égoïste et destructrice qui met en danger la sérénité de la Terre.

Tel notre double reflété dans le miroir des dieux, affamé de conquêtes et damné par son instinct de pouvoir destructeur. Sans notre nature divine, les Vedas assurent que nous ne serions rien d’autre que des bêtes sauvages et voraces…
L’homme n’agit-il d’ailleurs pas identiquement au Purusha en exploitant, détruisant, polluant les réserves naturelles jusqu’à ce que celles-ci soient irrémédiablement épuisées ? Après un continent, un autre ; et après la terre, viendra l’espace et d’autres planètes à conquérir…

Aimer sa maison, c’est honorer les énergies divines qui nous habitent. Le Vastu est une initiation spirituelle à vivre chez soi avec l’univers.

Les 4 principes du Mandala

L’architecture d’une maison construite sur le modèle sacré du Mandala marie donc ses 4 principes : elle possédera un centre autour duquel s’articulera toute la bâtisse (un patio, un cœur symbolique pour la maison) ; elle distribuera les pièces en fonction des directions cardinales Sattva, Rajas et Tamas ; elle privilégiera la symétrie et la régularité des formes ; elle donnera une silhouette harmonieuse au terrain englobant la maison.

Que faire lorsqu’une habitation déjà existante ne correspond guère à ce modèle ? Il s’agira de rétablir l’équilibre interne de pièce en pièce, à l’aide du Vastu Purusha Mandala. Une maison qui intègre seulement la moitié des conseils de cet art de vivre sacré, métamorphose déjà son Prâna en un souffle plus serein…

Les fenêtres surya et soma

Lorsque la maison dispose de fenêtres de part et d’autre de la porte d’entrée, l’équilibre des pôles masculin-féminin est annoncé dès le seuil. L’équilibre des polarités gauche-droite procure un sentiment de stabilité et une répartition saine des forces féminines (Soma, à gauche de la porte) et masculines (Surya, à droite). Comme si, dans ce vaste second corps que représente notre maison, les lobes gauche et droit du cerveau étaient parfaitement coordonnés et stimulés, générant une pensée riche et multiple (voir Le cerveau et la conscience). Par association, les fenêtres sont les yeux de la maison, notre regard sur le monde extérieur car le corps du Purusha et le nôtre ne font qu’un…
Lorsque la façade ne présente qu’une seule des deux fenêtres (par exemple, une porte sur un côté à l’extrémité de la façade et une fenêtre de l’autre), le regard du Purusha est tronqué, limité. Par effet de miroir, il peut le devenir dans notre vie ? Trop volontaire et ambitieux ou découragé et passif ? Jouons de l’art psycho-décoratif afin de compenser l’autre fenêtre à l’intérieur de la maison, dans le hall d’entrée (ou la pièce adjacente) sous forme d’un trompe-l’oeil représentant une fenêtre ouverte sur un jardin ou par un vif éclairage. Une représentation féminine sur le mur intérieur Soma ou virile sur l’autre mur.
Lorsque les deux conjoints travaillent, il est possible de placer dans la pièce où donne une fenêtre Surya des photos tant de l’homme que de la femme pour qu’ils s’épanouissent autant l’un que l’autre !
Dans les appartements à l’unique entrée collective au rez-de-chaussée, leur absence éventuelle a pour principale incidence sur les habitants que le Prâna, après avoir déambulé dans les couloirs, arrive affaibli devant l’entrée privative… ll s’agira de le revitaliser !

Le carré, forme « sattvique »

Les Vedas assurent que l’homme est bâti à l’image des dieux, eux-mêmes d’essence la plus pure : Sattva. Enraciné dans le sol (par les jambes) et élevé vers le ciel (avec la tête), le physique même de l’homme est le plus précieux lien entre la terre et l’univers.
Le carré, d’essence Sattva, équilibre le monde comme Vishnu son protecteur et le maintient en place. Le cercle, quant à lui, crée un mouvement incessant, menant au désordre Tamas (d’où l’expression « tourner en rond »). Il est lié à Shiva, le Destructeur des illusions. L’octogone est la forme intermédiaire, à mi-chemin entre le carré et le cercle. Sa présence renforce l’action, l’expansion, l’individualité et l’ego. Son Prâna d’essence Rajas l’associe à Brahmã, qui unit et résout en lui les contraires.

Diviser sa maison en 9 carrés

Postées chacune aux huit directions (semi-)cardinales de la maison (plus le centre), les neuf déités en protègent symboliquement le périmètre de toute influence perturbatrice. Les murs extérieurs de ce second corps superposé créent une barrière protectrice séparant l’intérieur sacré de la demeure et les impuretés du monde extérieur. Pour les hindous, passé le seuil, la présence de ces maîtres suprêmes des éléments (Eau, Feu, Terre, Air et Éther) assure la sécurité et la sérénité…

Il existe deux façons de diviser un espace carré et d’y organiser les énergies qui y circulent, en fractionnant le terrain en 9 cases par côté (le Paramasayika Mandala – 81 cases) ou 8 cases (le Manduka Mandala – 64 cases). Nous utilisons le Mandala à 81 cases qui se scinde en 9 espaces consacrés aux grandes divinités védiques.

De notre point de vue occidental, chaque direction (semi-)cardinale possède une qualité vibratoire spécifique pour la maison. Chacune vitalise un des neuf espaces symboliques de l’habitation, tel un point d’acupuncture unissant la Terre et le Ciel.

Dans le Vastu traditionnel, Brahmâ (Dieu principal) est accompagné de 8 déités principales associées chacune à une direction. Mais il y en a près de 45 dans le Vastu Purusha Mandala complet. Les huit déités sont : lsha (un nom ancien pour Shiva au nord-est), Indra (à l’est), Agni (au sud-est), Yama (au sud), Nirthi (au sud-ouest), Varuna (à l’ouest), Vayu (au nord-:est) et Kubera (au nord). Les histoires des dieux qui vont suivre sont une formule imagée et raccourcie décrivant la qualité particulière du Prâna d’une direction cardinale…

Les cycles de Surya et Soma

Le Vastu Purusha Mandala possède un double cycle : celui du Soleil (Surya) et de la Lune (Soma). Soit un cycle conscient du nord-est au sud, et un cycle inconscient du sud-ouest au nord. Le Mandala de la maison se divise donc en deux le long d’une diagonale allant de la tête aux pieds du Purusha : la partie droite est de dominante « sattvique », la partie gauche de dominante « tamasique ».

Le Vastu Purusha Mandala en pratique

Sur base du plan de votre habitation, localisez les espaces orientés dans chacune des directions cardinales. C’est, en Vastu, le soleil et son souffle empli de Prâna qui sont la référence et non le magnétisme terrestre. Le Ciel et le Prâna priment sur le tellurisme. Tout le Vastu est tourné vers l’idée de vibration, de pureté, de soleil, de vie dont les ouvertures (portes et fenêtres) emplissent la maison.
Les créateurs du Vastu ne connaissaient pas encore la boussole magnétique” et s’inspiraient exclusivement de Surya, déité solaire, pour améliorer la qualité spirituelle d’une demeure. Inutile donc de se pencher sur la terre ou sur l’instrument d’une boussole dès lors qu’il s’agit d’entrer en résonance avec la dimension céleste et spirituelle d’une habitation.

Sur le plan, il convient de repérer l’axe Sattva-Tamas, soit l’axe allant du nord-est au sud-ouest, de la tête du Purusha à ses pieds symboliques. Ensuite, le Vastu Purusha Mandala sera élargi ou étendu à souhait de façon à ce qu’il incluse l’entièreté de toutes les pièces.

Les éclairages

La verticalité est une notion propre au Vastu : les neuf espaces symboliques se répartissent aussi bien dans l’horizontalité (le plan du Mandala de l’habitation) que dans un invisible axe vertical. Entre le ciel et la terre. Il existe donc un point culminant en hauteur qui, dans le ciel, forme le faîte invisible prolongeant la maison : son « zénith ». Au-dessous, loin dans les profondeurs de la terre, les racines virtuelles de la maison se posent sur un socle : le « nadir ».
Les plafonds, souvent trop bas dans les habitations modernes, sont le « ciel » des espaces clos où nous passons une si longue partie de notre vie. Aussi, écrasent-ils notre « zénith » symbolique. Utiliser des éclairages vers les plafonds rétablira un sentiment d’ouverture, d’espace prêt à l’envol de l’inspiration.

Le Mandala pièce par pièce

Le Vastu Purusha Mandala occupe l’ensemble de l’habitation aussi bien que l’intérieur de chaque pièce… où l’influx de chaque orientation solaire diffusent leur Prâna céleste.
Dans les pièces de formes régulières, le Mandala s’ajuste simplement aux directions cardinales. Mais, d’autres configurations nécessitent de diviser l’espace en plusieurs « petits Mandalas ». Les pièces en « L » seront divisées en 2 Mandalas distincts, celles en « U » en 3. On prendra soin de créer pour chaque Mandala une ambiance décorative distincte.
Une fois dressé, le Vastu Purusha Mandala global de votre habitation révèle la qualité du Prâna qui en anime la vie quotidienne.

Les extensions

Les meilleurs extensions au Mandala général de l’habitation sont Sattva car elles élargissent la surface capable d’accueillir le Prâna élevé (au nord, est et nord-est). Pour recevoir tout le Prâna « sattvique » disponible, ces extensions doivent être ouvertes, aérées et lumineuses (pas de mur aveugle donc) et si possible affectées à un rôle reposant ou spirituel : comme des terrasses, des balcons, des vérandas, une entrée aux grandes fenêtres, un espace de méditation, etc.
⦁ Plus précisément, une extension à l’est (lié au soleil levant) renforce les projets, les affaires et l’ascension sociale. Au nord (lié à la pureté car jamais altérée par les rayons de soleil), cette extension rassemble les meilleures conditions pour affermir les biens et possessions. Au nord-est, celle-ci marie un sentiment inébranlable de stabilité et de paix, dit la tradition.
Dans une direction Rajas, les extensions concernent toujours la vie familiale et la réussite sociale : une extension au nord-ouest accentue les déplacements, les mouvements et contacts de la famille avec l’extérieur ou l’étranger: au sud-est, celle-ci ouvre une expansion aux rentrées… mais également aux dépenses !
Les extensions dans des directions Tamas tendent à créer un climat de stagnation, sauf à l’ouest où elles renforcent agréablement la tranquillité et la sérénité ambiante. Au sud, une extension souligne la place du passé et obstrue les perspectives d’avenir et de renouveau. Au sud-ouest, c’est l’inertie, le blocage et l’ennui… sauf si ce secteur est aveugle de toute fenêtre ; dans ce cas, c’est heureusement l’ancrage et l’endurance qui priment.