Forme parfaite de la Nature

Toutes les créations de la Nature jaillissent d’un plan de construction, d’un ensemble de lois organisées.

Une oeuvre artistique s’élabore elle aussi à partir d’une formule implicite, le plus souvent inconsciente. Chaque dessin ou peinture contient, sous-jacente, une figure intérieure et condensée que le Vastu appelle « Mandala ». Pour un temple ou une maison, le plan architectural aplati en deux dimensions sur le papier prend le nom de « Vastu Purusha Mandala » et y définit la circulation des énergies cosmiques. Ainsi les temples Vastu, les pyramides, ainsi que les cathédrales, les mosquées sont des Mandalas qui déploient leur vision symbolique de Dieu dans l’espace en trois dimensions.

Les Mandalas de la nature

Le Vastu s’inspire directement de la Nature où, partout, les Mandalas fleurissent comme par enchantement. La Nature manifeste sans cesse les lois d’un invisible Mandala lorsqu’elle fait éclore des formes dans le monde matériel : les gracieuses corolles de pétales des fleurs, un tronc d’arbre, une toile d’araignée. chaque flocon de neige, l’iris de l’œil, une orange, un melon, une tomate coupés en deux offrent à la vie de tous les jours autant de Mandalas aux formes toujours régulières, harmonieuses…

La science rappelle que chaque Mandala s’inscrit dans un autre plus vaste, du microcosme au macrocosme. Et chaque Mandala projette en lui une infinité d’autres petits grammes, emboîtés comme des poupées russes. La Nature maintient ainsi un fil conclucteur, une formule répétée telle une équation latente de l’infiniment grand à l’infiniment petit : le Mandala.

La trinité hindoue dans le mandala

Le Mandala, signifiant « cercle » en sanskrit, s’élabore à partir d’un centre et est circonscrit dans un espace défini.

Pour les hindous, il est un tableau miniaturisé qui incarne sous une forme artistique la trinité indienne. Dans chaque Mandala, se dessinent les processus de création (lié à Brahmâ), d’expansion (lié à Vishnu) et de destruction (lié à Shiva) de l’univers. Soit, le centre du tableau (le départ), ses formes et couleurs (le dessin lui-même), enfin le cadre (la limite du dessin)…

Le Mandala renvoie à la vie cosmique, faite elle aussi de naissance, vie et mort. Voilà pourquoi les Mandalas bouddhistes composés de millions de grains de sable colorés sont détruits, une fois réalisés, d’un si simple balayage de la main…

Un simple plan de maison ne devient un Mandala qu’après avoir adopté ses lois de symétrie et d’équilibre tout droit tirées de la Nature. Le Mandala de la maison jette alors un pont entre l’homme et l’univers.

Le Yantra

Les Yantras sont des formes simplifiées qui expriment l’essence de l’univers à l’aide de signes, symboles, idéogrammes, mots ou constructions en trois dimensions.

Le Yantra est un nom générique qui comprend tous les signes, toutes les inscriptions et les symboles, y compris les Mandalas. Le Ôm indien, le mantra bouddhiste « Ôm Mani Padme Hum »1, la swastika (Yantra indien, symbole d’éternité, repris et inversé par le nazisme), le symbole mathématique « huit » couché, le triratna ou triple joyau bouddhiste en sont quelques exemples.

Les Yantras, eux, ne sont pas issus de la Nature mais de l’esprit humain. Sans contrainte de symétrie ou de centre comme le Mandala, le Yantra délivre un message déterminé : une bénédiction, une protection… S’il est plus simple que le Mandala, il est aussi plus limité. De nombreux Yantras s’inspirent de la Nature ou de symboles universels et s’utilisent facilement. En toute liberté, à chacun d’en composer de nouveaux tels des « logos : à vocation spirituelle.
L’Inde abonde de Yantras protecteurs que les habitants utilisent partout dans la vie quotidienne. Il en est peint sur des rochers aux abords de rivières hasardeuses à traverser ; gravés à proximité d’un dangereux carrefour ou d’un pont. Les camionneurs continuellement sur les routes ont besoin de la protection des dieux et les dessinent eux-mêmes sur les pare-chocs. Des inscriptions diverses en sanskrit sont peintes à l’entrée des maisons, sur la façade ou à même le seuil en guise de bénédiction.

Dans notre monde occidental, les logos des marques imprimés sur les vêtements et les accessoires sont autant de Yantras imprimés… seule leur vocation diffère : ici, purement matérialiste et signe de distinction sociale ou de ralliement à un concept.

Un symbole renvoie toujours à l’inconscient qui a enregistré le message. De la même façon que les logos publicitaires, mais à meilleur escient, les Yantras pénètrent notre psychisme sans que l’on ne s’en rende compte. Leur rôle est de relier les passants et les habitants d’une maison à un concept, toujours dans un but bénéfique. Le principe actif de ces dessins géométriques à vocation spirituelle, c’est l’onde de forme qui en émane et unit directement le symbole à l’univers. Ainsi, l’on dépose des Yantras dans des lieux problématiques afin d’y rétablir une vibration d’harmonie. Dans le hall d’entrée exigu et humide d’un appartement, dans une chambre sombre dont la fenêtre ouest sur donne sur un mur, par exemple.
Et comme l’onde de forme créée par un Yantra traverse la matière, les Yantras peuvent être glissés sous une table, derrière un tableau, une nappe, invisibles pour les yeux.

Parmi la pléiade de Yantras existants, le plus célèbre et considéré comme certainement le puissant : le Ôm (prononcé A-U-M), le nom de Dieu.

Le Yantra ôm (AUM)

Il est le très vénéré « mot-symbole » représentant le Dieu suprême. À la fois Yantra (dessiné) et mantra (prononcé), son tracé harmonieux et ample comme le son qu’il produit, évoque aux yeux des hindous le puissant nom de Dieu (« premier créé »).
La puissance claire du AUM, utilisé avant toute prière ou méditation, est de l’ordre de l’énergie primale lors du Big Bang…

La trinité du ôm (AUM)

Ôm devrait s’écrire en trois syllabes « A-U-M », à l’image de sa prononciation. Car il est la signature même de la trinité hindoue de Brahmâ, Vishnu et Shiva, par sa forme en chiffre «3 ».
Le AUM débute avec l’inspiration profonde et le premier son expiré « A ». Le Prâna inspiré circule dans nos poumons et fait vibrer le corps à la fréquence du son. Le « A » est une voyelle puissante, abondamment présente dans toutes les langues ; elle ouvre, accueille, embrasse. Les boucles formant le « 3 » représentent cette circulation des sons successifs de « A » et « U » dans l’espace. Le « U » (prononcé « ou ») intériorise, plonge le Prâna animé par le « A » au plus profond de nos entrailles. Enfin arrive le « M »2 qui intériorise le son avant d’arriver au bout du souffle. Silence. Le croissant de lune et le point forment une coupe accueillant le Prâna céleste et le silence intermédiaire entre deux chants. Cette infime seconde, avant d’inspirer à nouveau confient toute la puissance du AUM. C’est dans cet espace nu que la vie renaît. Le Yantra est ainsi clôturé par le petit crochet bouclé, cette étincelle de conscience qui jaillit. Le pouvoir du AUM ne réside que dans cet instant…

Le son primordial du AUM, à l’origine de toute la création, confient les trois grands cycles de l’univers : « A» la création (Brahma), « U » la protection (Vishnu) et « M» la dissolution (Shiva appelé aussi Mahadev) de la trinité. 

Où placer le ôm dans la maison ?

Le Ôm a pour effet de rétablir l’harmonie là où il est prononcé (en tant que mantra) et écrit (comme Yantra dans la maison). Il accorde la maison au rythme harmonieux de l’univers comme le font des symboles universels tels le Ba-Gua du feng shui, le triskelt ou le sceau de Salomon par exemple. 
⦁ Il convient de placer le ôm dans un cercle, dont le pouvoir d’expansion et le mouvement continu le feront rayonner dans la maison. Sur une table de salon, par exemple.
Dans l’entrée (la Bouche du Purusha), le Ôm accueille le Prâna à l’intérieur telle une bénédiction. Il introduit ainsi la présence du divin dans la vie familiale. Attention : les Indiens offrent toujours au symbole divin Ôm une place de choix en face de la porte d’entrée sur un mur stable. L’on évitera donc de le placer sur une porte, une marche d’escalier où circule un Prâna instable. De la même façon, ce Yantra ne se dépose jamais à terre, ne se laisse pas carreler dans le sol, ni ne se tisse en tapis… Que dire des logos de marques maladroitement imprimés sur le paillasson de magasins et que les clients foulent de leurs pieds en entrant ? connexion « tamasique » et peu appropriée pour une marque ! 
⦁ Sous forme de vitrail, le Ôm laisse la fenêtre imprégner le Prâna lumineux de sa symbolique harmonieuse.
⦁ Le Ôm peut être placé au-dessus de la porte d’une pièce mal disposée afin d’en rétablir l’harmonie : une salle de bains dans la Bouche du Purusha, une cuisine à l’ouest, une entrée au sud-ouest, etc..
⦁ Il peut être également fixé au centre du plafond, à la place de la rosace, dans l’espace de Brahmã. Lorsqu’un puits de lumière existe, il est possible d’installer un vitrail coloré au cœur duquel on incruste un Ôm.
⦁ Le Ôm peut également être accolé à une photo directement reliée au Prâna de la personne, glissé derrière un cadre. Également sous le lit ou sous l’oreiller du dormeur, les indiens utilisent le Ôm pour l’équilibre subtil qu’il dépose dans la pièce… li est bien entendu peu recommandé de placer le moindre symbole à l’insu d’une personne, même dans son « propre bien ». Une gardienne de prison française, avec l’intention louable d’harmoniser l’atmosphère de travail pesante, avait collé des Ôm sous les tables de bureaux de ses collègues et du sien, jusqu’à la découverte inopinée de ce que chacun prit pour de la manipulation…

Les Mandalas dans la maison

Les Mandalas sont des formes équilibrées que, partout, la Nature produit autour de nous. Leur harmonie spontanée éveillent en nous Sattva. Et Sattva est source de clarté d’esprit, de paix intérieure, éléments essentiels au véritable bonheur.
A fortiori, lorsque la maison entière est construite tel un Mandala géant, les habitants accueillent d’emblée entre leurs murs le Prâna même de l’univers.

L’idéal est de concevoir l’architecture et la décoration de sa maison en y incluant dès l’origine la beauté sereine des Mandalas. Ainsi, créer une maison carrée ouverte en son centre (tel un riad marocain) où s’étendrait un patio fait d’allées et de plantations articulées autour du cœur. Dessiner un parterre de fleurs et plantes médicinales dans le jardin tel un Mandala, ouvrir une fenêtre de forme ronde donnant sur une vue splendide, etc. sont autant de façon d’introduire l’expression la plus harmonieuse de la Nature.
Mieux encore, les Mandalas se retrouvent jusque dans la façon de disposer le mobilier, de dresser la table du repas, de disposer un ensemble de tableaux aux murs ou de décorer une fenêtre…
Le Mandala s’élabore selon 4 lois importantes, toutes issues de l’observation de la vie : le principe de centre, des points cardinaux, de symétrie et de limite. Ces lois sont simples et se déclinent à l’infini.

1. Le principe de centre

Tout commença d’un point posé quelque part, un œuf perdu dans l’infini. Lorsque celui-ci se divisa en deux, en quatre, en huit… la vie put se développer et se mettre à rayonner alentour. Comme une cellule se multiplie, un fœtus émerge d’une seule source. Ce point initial est le principe d’unité de toute chose. Le « Big Bang » du tableau d’où jaillissent le Feu créateur et la lumière. Il est l’origine divine de tout, donc également du dessin-mandala, du plan d’architecture de la maison, du temple qui en découlera bientôt. Il est l’axe autour duquel s’articule toute l’histoire racontée par les images et symboles du Mandala. Tel le nombril du ventre de la mère, auquel le bébé est relié et respire. Le centre génère la vie du Mandala, son cœur palpitant d’énergie.

En pratique

En composant un Mandala, il s’agit de définir un centre et de faire rayonner les formes concentriques à partir de cet axe. Déposer toujours au centre du Mandala l’objet, la photo, le mot, le symbole vers lequel toutes les forces du dessin doivent revenir : une photo, une carte de visite, le nom d’un projet…

Dans la maison

Comme l’équilibre naturel du Mandala procède du centre, laissons au cœur de chaque pièce un espace vide et dégagé de mobilier. Cette zone libre ouvre un point d’où l’énergie naît et s’étend dans l’espace…
Le cœur de la maison et de chaque pièce est appelé « espace de Brahmã », car c’est à partir de du « rien » laissé dans la décoration que le souffle de vie peut jaillir.
Dans le séjour où la salle à manger et le salon se partagent l’espace, laissons le cœur libre au passage : à l’image des poumons au centre du thorax, la pièce pourra laisser une impression de fluidité.

3. Les directions cardinales

Ainsi, le centre du Mandala est relié à nous-même, à nos intentions, à notre énergie propre d’où tout commence. Or, notre corps émane d’un champ électromagnétique naturel : dans notre ventre dort une boussole invisible qui reconnaît l’orientation magnétique terrestre, comme le font les oiseaux migrateurs (cf article sur la boussole géomantique du Feng Shui).
Nous sommes également sensibles à l’effet des vibrations du soleil dans sa course d’est en ouest, comme les fleurs qui suivent celle-ci d’heure en heure… Notre sommeil, nos directions de travail, de préparation des repas devraient s’accorder aux orientations cardinales auxquelles notre inconscient est instinctivement relié.

En pratique

Un Mandala s’oriente soigneusement vers une direction « sattvique » et s’appuie contre un mur d’une même orientation : est, nord ou nord-est… Suspendre un pêle-mêle de photos familiales sur un mur « tamasique » (ouest, par exemple), ralentira l’élan de vitalité, d’expansion de ceux exposés sur les photos. Pourquoi ? Voir l’image de nos proches sur des murs emprunts de lourdeur « tamasique » produit un effet psycho-décoratif, par association psychologique…

Dans la maison

Sans qu’aucun signe ne révèle une décoration Vastu, on ressent généralement de la sérénité dans les habitations dont le mobili