Le Prâna de l'entrée

Avant de « frapper» à la porte de la maison, le Prâna s’est déjà chargé de mille informations rencontrées sur son passage : une nature vivifiante ou au contraire la pollution le calme d’une rue piétonne bordée d’arbres ou le stress d’une circulation routière oppressante, etc… Le Prâna n’est jamais neutre (comme le blanc n’est pas neutre non plus), mais possède sa vibration propre. Que notre habitat soit en ville ou en rase campagne, au terme d’un parcours foisonnant d’énergies, le Prâna arrive enfin devant le seuil de la maison ! Il s’est tantôt chargé d’une qualité « sattvique » après un chemin sinueux au travers du jardin, tantôt d’une énergie dynamisante et « rajasique » après être passé sous une arcade postée dans une rue commerçante et après avoir monté une volée d’escaliers, tantôt d’une force « tamasique » au douzième étage d’un immeuble à l’ascenseur étroit et aux communs mal éclairés, …

Une porte d’entrée crée déjà une partie de la personnalité de la maison avec son style, sa forme mais aussi le Prâna de sa direction, la végétation qui l’entoure. Ainsi, une porte principale harmonieuse ne devrait souffrir d’aucun obstacle face à elle : ni arbre, ni poteau électrique, ni passage intempestif de voitures… 

Les seuils de portes indiennes

En Inde, les seuils de porte traditionnels sont faits d’une poutre fixée en travers de la porte et que l’on enjambe pour entrer. Ainsi, les poussières du sol sont contenues dehors et ne pénètrent pas avec le vent. Ces « seuils-poutres» créent une frontière symbolique entre l’extérieur impur et l’intérieur de la maison que l’on préserve des énergies négatives. Dehors, les invités se déchaussent pour pénétrer pieds nus dans la maison…

Les flèches agressives

Toutes les œuvres de la Nature sont faites d’arrondis ou de lignes incurvées jamais parfaitement droites. Les lignes droites et les tracés géométriques étendus sur de longues distances sont le produit de l’intellect de l’homme: comme les autoroutes, les rails de chemin de fer, l’architecture des gratte-ciel… Entre l’air (fluide et insaisissable) et les matériaux durs qui composent les rues et les routes autour des maisons, il y a une évidente différence de densité. C’est elle qui permet au Prâna de s’accélérer et prendre de la vitesse lorsqu’il suit une longue route droite. Cette accélération crée une « Veedhi Shola »* :« veedhi » signifiant « route » et « shola » « flèche », que nous appellerons « flèche agressive ». Une Veedhi Shola est un Prâna exacerbé, déréglé et violent. Si celui-ci pointe vers la maison (ou pire, sur la porte d’entrée), il doit à tout prix être dévié. Face à un carrefour, une maison recevra une décharge agressive et déstabilisante pour les habitants. L’angle pointu d’un grand immeuble qui se prolonge vers une fenêtre de l’habitation constitue lui aussi une Veedhi Shola.

Comme l’agression invisible des Veedhi Sholas agit telle une onde de forme, l’on y remédie grâce à d’autres ondes de formes : les Yantras (voir article sur le Mandala). En Inde, on trouve souvent leurs dessins symboliques fixés au-dessus ou à proximité de la porte d’entrée (ou sur l’éventuel portail).

Brancher une petite lampe allumée en permanence (une lampe solaire le long de la façade par exemple) juste à l’extérieur de la maison a pour effet d’élever le Prâna ambiant. La lumière donne une qualité Sattva au Prâna ; juste devant la porte, le Prâna gagne enharmonie grâce à la lumière, si possible dirigée vers le haut.

Planter du tulsi sacré ou des plantes aromatiques dans l’entrée ou dans des pots à proximité de la porte a pour effet de disperser les énergies discordantes loin de la maison. Des aromatiques comme le thym ou le romarin ont des propriétés antiseptiques qui, symboliquement, purifient l’air en diffusant leurs parfums aromatiques lorsque le vent agite leurs feuilles…

* L’équivalent de la « flèche de Sha » en Feng Shui traditionnel chinois.

Le Basilic, plante sacrée

Dans les anciens textes védiques, les arbres et arbustes (fruitiers et à fleurs), les plantes médicinales et aromatiques sont cataloguées avec soin pour leurs usages en Vastu. Chaque essence végétale est réputée pour ses accointances avec certaines directions cardinales : plantée dans une direction choisie, elle déploiera mieux l’une ou l’autre de ses propriétés. Au nord, le ficus et le manguier ; à l’est, le bananier et le jacquier ; à l’ouest, le cocotier ; l’arec au sud…

L’Inde connaît une variété impressionnante d’essences végétales totalement absentes de nos paysages occidentaux. Ainsi le déodar par exemple, arbre sacré à 3 troncs distincts du type des pinèdes, que l’on rencontre aux portes de l’Himalaya a une puissance souvent millénaire qui protège les terrains et en héritent d’une aura bénie…

Mais parmi toutes les espèces de plantes, le tulsi ou basilic saint est celle qui attire toutes les faveurs des experts en Vastu, c’est la plante de Vishnu, dieu protecteur de la vie. Le basilic, répandu en Europe dans sa variété ocimum bosilicum, est un végétal éminemment « sattvique», purifiant l’air de ses lourdeurs vibratoires.

Placé des pots de part et d’autre de la porte d’entrée, le basilic sert de filtre prânique, tel un gardien des énergies de la maison. Comme toutes les autres plantes aromatiques, le basilic disperse des parfums imprégnés de molécules aux fonctions antiseptiques connues depuis des millénaires. Chaque fois que le vent en balaie le feuillage, le Prâna « sattvique » est diffusé devant la porte et compense bien des disharmonies ambiantes.

Une fois installé à proximité de la porte et investi de ses fonctions purificatrices, il n’est plus question de consommer le basilic ! Il est devenu un allié symbolique et représente dans l’inconscient l’« âme végétale » de Vishnu, principe d’ascension et de purification. N’oublions pas que l’air et les odeurs que porte le Prâna sont élevés dans la hiérarchie des éléments : l’Air vient juste après l’Éther

Le basilic est une panacée que les Indiens soignent et cultivent précieusement depuis la nuit des temps (voir l’article sur l’huile essentielle de basilic).
L’on peut tout aussi bien en utiliser l’huile essentielle’s dans l’entrée et à l’intérieur de la maison, à l’aide d’un diffuseur.

La bouche du Purusha

Les enfants dessinent une maison avec des yeux (pour les fenêtres), un chapeau (pour le toit) et une bouche (pour la porte), ils révèlent alors un archétype. Notre maison est plus qu’un second corps ou une enveloppe de pierres pour ses habitants : elle est un être vivant.
Cet « être vivant », les rishis fondateurs du Vastu l’ont appelé le « Purusha ». Il est l’âme du lieu.
La porte d’entrée et le hall principal forment le plus grand orifice de la maison, comme l’est la bouche pour le corps humain. La décoration de l’entrée doit renforcer l’ascension de l’énergie dans l’habitation et offrir la meilleure qualité vitale qui purifiera naturellement tout ce qui y pénètre.

Le hall d'entrée

Il doit être spacieux afin que tous les membres de la famille puissent y circuler en même temps sans bousculade. Une famille composée de cinq personnes a besoin d’un hall de minimum 10 mètres carrés pour, en arrivant simultanément à la maison, s’y tenir sans bousculade. La Bouche du Purusha peut, éventuellement être trop grande par rapport au bâtiment et à la famille qui y habite. Jamais trop petite.
Dotée d’un vaste hall, la maison ne fera qu’absorber une quantité plus grande de Prâna
Même si l’on a l’habitude d’entrer par le garage, le conjoint par la porte de service et le fils par celle de la cuisine, l’entrée principale conçue par l’architecte demeure la grande porte symbolique, l’orifice unique et seule Bouche du Purusha.

Un vestibule trop étroit

Lorsque les dimensions du hall sont trop étroites, le Vastu conseille de peindre la pièce de couleurs claires et d’y diffuser un éclairage abondant, de préférence des spots directionnels vers le plafond ou le haut des murs pour en rehausser la hauteur. Une console légère conviendra mieux qu’un meuble de rangement afin d’y préserver une fluidité maximale. Pas de tapis au sol, car celui-ci ralentirait la course du Prâna. Un large miroir suspendu sur un côté latéral (face à une direction « rajasique » ou « sattvique ») renverra de la lumière et du Prâna vers l’intérieur de l’habitation. Enfin, la diffusion d’huiles essentielles qui dilatent les bronches offrira un sentiment d’espace dès le seuil (Eucalyptus citriodora ou radiata, une pointe de Mentha piperita). S’il reçoit suffisamment de lumière naturelle, une petite jardinière de verveine citronnée et de menthe compensera également l’étroitesse du lieu.

Des couleursSelon l’impulsion que l’on souhaite donner à sa vie, deux types de décorations prévalent dans l’entrée : Sattva ou Rajas. La première, Sattva, convient à ceux qui aspirent à une vie tissée d’équilibre (intérieur) ; la seconde, Rajas, forme l’entrée idéale de ceux qui ambitionnent de donner un envol à leur réussite sociale (extérieure).
Lorsque Rajas habille l’entrée, il s’agit de rétablir la pureté « sattvique » partout ailleurs dans la maison, car la Bouche du Purusha crée l’impulsion générale de la maison. Donc, il s’agit de veiller à maintenir la qualité de son Prâna et d’élever celui-ci de pièce en pièce. Le Prâna si léger dans la Bouche du Purusha ne doit en aucun cas retomber trop vite : toutes les couleurs « tamasiques » (beige, marron, gris, noir et les bleu, vert ou mauve sombre) alourdissent son souffle délicat dans les pièces proches de l’entrée.

Dans tous les cas, une lumière intense compense avantageusement les déséquilibres : une lampe halogène vivifie le Prâna faible d’un hall étroit ou inexistant, allège visuellement des tons vifs ou trop sombres ; des spots dirigés vers les coins du plafond afin d’élargir celui-ci.

Un hall bien ventilé et aéré permet un renouvellement régulier de notre délicat Prâna. Qui imaginerait entrer dans un appartement par la salle de bains ? L’énergie en est statique, humide, pesante. À l’intérieur de la maison, toutes sortes de pollutions alourdissent le Prâna en s’y agglomérant. Rien que le dioxyde de carbone produit par la respiration des habitants opacifie littéralement l’air ; les multiples émanations toxiques des produits synthétiques (utilisés en peinture, mais aussi les colles ou les isolants non naturels) dégradent la qualité du Prâna. Une maison Vastu est bel et bien une maison construite en matériaux naturels, respectueux de l’écologie et de la Nature dont elle se veut le prolongement !

Bien plus encore, les émotions et les pensées saturent complètement le Prâna de nos demeures : après une vive discussion ou une crise de colère, l’air de la pièce est presque électrisé, épais. Et ce Prâna composite et vicié, de minute en minute, nous l’inspirons au plus profond de nos poumons, où il imprègne chacune de nos cellules.

Lorsqu’aucun système de ventilation (naturel ou électrique) n’est prévu, il convient d’aérer plusieurs fois par jour l’entrée de la maison. Faire circuler de l’air dans le hall permet aux énergies statiques et lourdes de quitter au plus vite la maison. Car accumulées dans les coins sombres, ces énergies mortes empèsent le souffle de l’entrée.

⦁ La propreté du hall est synonyme de Prâna le plus subtil et élevé. Ôter ses chaussures dès le franchissement du seuil devrait devenir une habitude aussi naturelle que dans les pays d’Asie, tant les impuretés de la rue bousculent la paix intérieure créée dans l’habitation. La saleté fait chuter l’énergie dans ses niveaux les plus sombres et renforce invariablement le Tamas dans la maison.

Prévoyons un meuble à chaussures fermé : ne laissons jamais les vibrations basses de la rue (associées aux semelles souillées) à l’air libre sur des étagères dans l’entrée ! Si un avaloir pour les eaux sales est présent dans le sol, il convient d’occulter le contact avec l’air en le couvrant d’un tapis. Un paillasson, à moins d’être très régulièrement lavé (préférez un tapis synthétique lavable en machine), est un accumulateur d’impuretés juste devant la porte : une source « tamasique » allant à l’encontre de tous les efforts d’élévation du Prâna, comme le serait un mouchoir sale gardé en poche!
Pour l’Occidental moyen, toute la maison doit être entretenue régulièrement, car tout le monde y pénètre hélas avec ses chaussures et les résidus poussiéreux de la rue. Les indiens (mais plus encore les Tibétains) ont leur propre conception de la propreté : pour eux, n’est sale que ce qui est impur!
Ainsi, un temple peut être crasseux et mal entretenu au sens occidental ; si son entrée est bénéfique à l’est, par exemple, et si les êtres qui passent son seuil sont pieux, son Prâna ne sera pas impur. Franchir le seuil quasi divin d’un temple avec des chaussures, un sac ou une ceinture de cuir est un outrage absolu. Seul le dehors, ce dangereux inconnu, peut salir le dedans, toujours pur.

Le rite de pureté indien qui consiste à ôter ses chaussures avant de pénétrer dans la maison est un geste de respect vis-à-vis du Prâna propre à la demeure. Il rappelle que, passé le seuil de la porte, l’invité est accueilli dans un microcosme bienveillant d’énergies créé car ses amis, sa famille, ses hôtes et qu’il doit en honorer les règles.

• Une porte large et haute manifeste la puissance d’une maison, mais pas uniquement parce qu’elle est généralement proportionnée aux dimensions de la demeure ! Une porte imposante manifeste clairement que les habitants reçoivent un Prâna intense et nourricier. Et celui-ci est synonyme de puissance, comme le furent jadis les hauts portails de châteaux où le seigneur pénétrait à cheval, dressé dans toute sa splendeur. Veillons au moins à une dimension de porte suffisamment large et haute. Si la porte s’ouvre dans une direction positive pour les habitants (le nord, l’est, le nord-est et le sud-est, le nord-ouest), une double porte agrandira l’accès du Prâna comme une voie d’autoroute.

Pourquoi la hauteur est-elle aussi essentielle en Vastu ? À chaque fois que nous passons sous le linteau de la porte, celui-ci balaie le sommet de la tête de l’habitant. Et le sommet de la tête est un précieux joyau : à l’endroit de la fontanelle chez le bébé, la tête abrite le chakra coronal. Le sommet de la tête abrite une « porte » invisible ouverte au passage des plus hautes énergies que l’humain peut capter et intégrer en lui. C’est l’endroit de la fontanelle du bébé, qui ne se referme que quelques mois après la naissance et plus ou moins l’espace de la tonsure chez les moines médiévaux. Une porte trop basse écrase le chakra coronal à chaque passage dans la pièce, oppresse et érafle cette zone délicate. Une porte est un lieu de passage d’une énergie donnée vers une énergie nouvelle. En aucun cas, celle-ci ne doit nous couper du lien pur avec le divin. C’est pourtant l’effet que nous font les portes occidentales modernes trop basses alors que la taille de la population augmente…